Je tremble, j'ai froid, putain il me faut ma dose et je n'ai rien sur moi. Il va falloir que je marche, que je marche jusqu'à La Sainteté pour me prendre une dose.
J'ai des crampes, ma peau me tiraille, le sol avance plus vite que mon esprit n'arrive à le scanner ; j'ai du mal à marcher.
Les gens me regardent bizarrement, ils n'osent pas me toucher, certains changent de trottoir...qu'ai-je de si différent, ne suis-je pas comme eux ?!
J'ai perdu le plaisir de me sociabiliser, comme ce monde en lequel j'ai perdu la joie de vivre, j'ai perdu goût à tout. Il n'y a plus que la came qui vaut le coup, je ne me cherche pas de raison à ce pourquoi je suis devenu comme ça...mais on à pas besoin de raison quand on a l'héro.
Affalé sur mon matelas, un ressort me saignant le bras ; direct est la montée. Le produit circule en moi et enfin j'ouvre les portes de mon monde, je m'éloigne du votre ainsi que de David. Ma vie est devenue obscure, elle se scinde entre rue HP et post-cure, Subutex, Rupnol, variantes du THC, Tranxène, Codéine, Skenan... mais mon summum c'est l'héroïne, à chaque dose j'ai l'impression de toucher la mort, lui tendre le bras, ce bras fatigué de tant d'injections, mais la mort... cette garce refuse de me laisser entrer, elle préfère me laisser dans ma merde...sur mon lit jonché de seringues et de cuillères brûlées.
Le ressort a disparu, du moins la douleur qu'il provoquait, mon c½ur s'emballe, mes paupières se dilatent. Je dors.

